Dictée de la Francophonie à l’Union Africaine

samedi 15 mars 2014
par  Proviseur
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Voyager
à pied

Poussins :

Voyager à pied m’a
toujours ravi. L’éloge du voyage à pied n’est plus à faire.
D’ailleurs, je ne le ferai pas. Je dirai seulement l’intense
bonheur que j’ai à marcher. Je ne suis pas un extraordinaire
marcheur. Je marche. C’est déjà quelque chose ; et, comme je
le fais afin d’y prendre plaisir, il est extrêmement rare que
j’aille au bout de ma fatigue. Dès que ma jambe s’alourdit, je
regarde un peu plus vivement devant moi, en quête d’une halte,
d’une vraie halte, celle où, de haut en bas, se délasse le corps
et où je puisse, moi, manger, boire, soupirer d’aise et même me
dire : « Ma foi ! je coucherai là s’il le faut. Il
y fait bon. »

Juniors :

Mon
adolescence d’abord, puis ma jeunesse ont pris à marcher des
plaisirs dont je n’ai qu’à évoquer, dans ma mémoire, l’image
fraîche encore, pour me sentir de nouveau jeune, athlétique et prêt
à partir.

Et
je pars !... J’ai pourtant passé la jeunesse, je l’ai même
perdue, certes ! Mais il m’arrive encore, plus souvent qu’à
mon tour, de boucler le sac, de lacer mes gros brodequins à clous,
d’empoigner mon bâton, une vieille canne mal taillée et sonore à
la pointe de fer très émoussée, et d’aller renifler, par monts
et par vaux, l’odeur du vent, si décisive au moment de se mettre
en route dans la bonne direction. L’esprit du voyage en dépend. La
terre, battue, labourée, rendue stérile puis à nouveau féconde,
tamisée, craquelée ou détrempée, sempiternellement foulée, est
le corps du voyage ; le vent en est l’âme… J’aime la
terre et l’air d’un amour égal ; et, en moi leurs
puissances retentissent avec fracas.

D’Après
Henri Bosco

Juniors avancés :

Par
ce frais matin, il était bien tôt lorsqu’un inénarrable
branle-bas secoua la maisonnée. Dès que le réveil eut sonné,
vingt et un randonneurs s’étaient levés d’un bond et
sur-le-champ s’étaient réchauffés avec des cafés à demi
brûlants. Il ne leur restait plus qu’à boucler les havresacs
orange ou incarnats, puis à emprunter la route zigzaguant sur les
flancs érodés d’un puy auvergnat. Bien qu’ayant différé le
départ à cause d’un distrait en socquettes, ils furent bientôt
prêts à s’élancer.


Huit heures : tous piaffent d’impatience, tels des reîtres
combatifs ; dix heures : nette régression de l’entrain,
due à un éboulis de massives roches schisteuses ; quinze
heures : un échalas dégingandé se prend le pied dans un rets
démaillé ; au crépuscule, une petiote pâlichonne, courbatue,
suçote en râlant des pralines et ainsi vainc la faim qui
l’étreignait.


Séniors :


Quelque temps plus tard, d’autres excursionnistes affamés vont
jusqu’à mangeot(t)er trois demi-quatre-quarts rancis oubliés dans
un sac ou mordent sans foi aucune dans des bons-chrétiens blets. Les
tout derniers s’exercent à pousser les si aigus d’une
tyrolienne en relaçant sur le cou-de-pied un soulier envahi par des
spores variées…

La
nuit était tombée. Quoique ce quasi-pèlerinage fût loin d’être
achevé, nos montagnards ne s’étaient pas laissé décourager,
même lorsqu’ils eurent constaté que les chemins verglacés
devenaient impraticables. Quelque délavée que leur parût
l’enseigne d’un relais, celui-ci les ayant attirés, ils s’y
étaient goulûment sustentés. Enfin, crânement, ils avaient
remonté les réveille-matin(s), comptant bien, le lendemain,
soulever des montagnes !

Micheline
Sommant, Les dictées de Bernard Pivot.


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